600 miles du Vigeant 2002, 11 ans pour une Victoire ! (par Philippe HOURDEQUIN)

Voici 11 ans que je cours après une victoire aux 600 Miles. Première épreuve mythique du D C F.

Il est vrai que depuis que j'ai ma 996, je me retrouve souvent aux avant postes. J'ai énormément progressé à son guidon et ses 137 cv ne me font plus peur. Les Protwin sont aussi en parties responsables, car ces fous furieux m'ont beaucoup aidé à aller plus vite. Mais tout le mérite revient néanmoins à Peter. Il me prépare ma 996 de la même façon que si j'étais Protas (le talent en moins). La moto est toujours parfaite, il n'y a que de l'essence à mettre et elle avale les tours de piste comme par enchantement. Nous abordons donc cette nouvelle édition avec beaucoup d'optimisme. Nous avons formé un team pour l'occasion avec Jean-Luc Obin et Ludovic Fuma qui, lui, roule avec sa 900 ss. Christophe Charles-Artigues nous rejoint en espérant pouvoir tenir ses relais car son poignet lui fait encore défaut. Les essais se passent très bien et nous voila placés en deuxième position.

15 mn avant le départ, nous sommes toujours en train de courir dans tous les sens pour essayer de monter des pneus pluie. Chez Dunlop ils sont submergés par l'afflux de concurrents plus rapides que nous. Les minutes passent et nous sommes appelés en pré grille. Peter revient avec la jante arrière qui a toujours son mixte dessus et la roue avant montée en slic. Les appels se multiplient et nous ne sommes plus que deux ou trois à être dans les stands. Peter se décide enfin à remonter la jante avant montée en slic et le voilà en train de pousser la bête vers la pré grille. Je le suis d'un pas pressant et en remontant la file de motos, je les vois toutes chaussées de pneus pluie ou mixte avant. Au fond de moi, je me vois en train de me doubler un par un, ne pouvant rien faire d'autre que de subir. Après ces longues minutes d'angoisse, je reste face au muret. Au baisser de drapeau je cours comme à mon habitude avec de grandes enjambées et je saute comme un fou sur ma bête qui rugit à la seconde. J'aborde le premier freinage avec délicatesse et cela se bouscule autour de moi. Un furieux en 900ss alias Mister Patou me passe et me colle immédiatement 50 m. Pas froid aux yeux lui. Une satanée Aprilia me double dans la foulée et me voila à la fin du premier tour en troisième position. Je n'en reviens pas et les autres ne tardent pas à me doubler comme je l'avais prévu. Au troisième tour je suis 6 ou 7éme et je garde un bon rythme. Au fil des tours, j'attendais que l'on me double mais non. Vers le 12éme tour, la pluie cessa et la piste commença à sécher légèrement. Mes temps s'amélioraient à chaque tour et je commençais ma remontée. C'était un régal et lorsque j'ai vu mon panneau qui m'indiquait une rentrée prochaine au stand j'ai été surpris. Arrêt ultra rapide et Christophe prend le relais le couteau entre les dents. Tout le monde a le sourire et je suis tout surpris d'apprendre que nous sommes en tête avec un tour d'avance. Christophe accentue cette avance malgré une météo changeante. Vient le tour de Jean-Luc qui roule lui aussi comme un chef. A la fin du deuxième relais de Jean_Luc, c'est-à-dire après 5h30 environ de course, nous avons 3 tours d'avance. Je prends mon dernier relais et il me reste à gérer cette confortable avance. Tout allait bien jusqu'au moment où le moteur se mit à vibrer terriblement. La machine perd des tours et je me sens obligé de rentrer au stand pour avoir l'avis de Peter. Il me dit de continuer et de ne pas forcer. C'est vrai qu'elle ne prend pas plus de 6000 tours. Nos temps changent bien de 1' 54, 1' 55 ils passent à 2' 05, 2' 10. je finis mon relais dans ces conditions et Christophe reprend le guidon pour le dernier relais. Je suis très pessimiste quant à la longévité du moteur. Je m'attends à ce que Christophe rentre à la poussette et vois déjà nos espoirs tomber à l'eau. Les dernières minutes nous semblent extrêmement longues et le doute règne, Dans l'ultime tour, nous gardons néanmoins l'espoir et c'est avec des éclats de rire et de joie que nous acclamons Christophe dans son dernier passage devant les stands. Je me dis que je vais enfin goûter les joies d'être tout là-haut sur le podium, moi qui, depuis ces nombreuses années, les ai toujours applaudis du bas. J'aurais aimé partager ces moments intenses avec Isabelle (absente pour cette année), Jo avec qui nous aurions mérité de remporter la victoire au moins une fois en deux soupapes, (mais le sort en a décidé autrement). Jean-paul Duflos avec qui j'ai goûté mes premiers podiums, ainsi que Patrick Portas fidèle coéquipier modèle. Cette victoire restera à jamais gravé dans ma mémoire. A vous tous je dédie ma victoire car vous la méritez au tant que moi.

Je ne parle pas de Peter Clark sans qui nos succès seraient néant. Grâce à son savoir, sa rigueur et sa compétence il nous prépare à chaque sortie une moto digne à s'aligner au Bol. Merci PETER.
La passion est toujours là, malgré nos déboires et tuiles en tout genre. Que d'énergie dépensée par mon frérot depuis qu'il nous suit et juste pour l'anecdote, il fit en 1998 un aller retour Le Vigeant / Gan (en Belgique) le samedi après midi (1500kms). Il nous a ramené un moteur pour pouvoir prendre le départ avec la Laverde. Nous n'avons pas été récompensés puisque nous avons cassé le système de fixation du porte couronne à mi-course. Encore merci Jean et la prochaine fois, tâche d'être là car je ne sais plus quoi dire aux copains pour excuser ton absence. Il faudra bien initier Victor à nos traditions. Pour finir, une pensée pour Michel Fontana par qui tout a commencé, J.F et Christine pour leur dévouement (pour cette épreuve en particulier) et le tout dernier de la famille des organisateurs, Fred : l'incontournable Fred, personnage issu tout droit du vivier D.C.F . A bientôt aux 6 H de Nogaro.

Ph. Hourdequin