
Chronique d'un podium annoncé (par Jean-Luc LOGEROT)
Nous avions laissé notre équipe de pieds nickelés au pied du podium en 750 cc lors des 300 miles du Vigeant 2001, après un week-end d'extase mécanique. Ce résultat encourageant motivait de plus belle l'équipe pour l'endurance suivante à Nogaro.
J-Jacques travaillait d'arrache-pied pour reconditionner son moteur qui avait fini les 4h rincé, on s'en serait douté. Cylindres neufs ( aie ! le budget ) culasses standards réajustées, il jouait cette fois-ci la carte de la sécurité en remontant un moteur tranquille ... Cette course ne restera pas dans les mémoires. Après des essais que nous qualifierons d'assez moyens, la course sera perturbée par des problèmes de boîte de vitesse ( déja entrevus au Vigeant ) qui engendreront de nombreux arrêts aux stands et relégueront l'équipage dans les profondeurs du classement. Le coupable sera démasqué : un arbre de boite vrillé ...
On passe à la saison 2002. Les travaux hivernaux d'Hercule, plus couramment connu sous le doux nom de J-Jacques, consisteront a fiabiliser le moteur et a basculer l'assise de la moto sur l'avant afin de la rendre plus vive sur les changements d'angle. C' est vrai qu'à son guidon on a plus la sensation d'être assis sur un canapé plutôt que d'être aux commandes de la 998 championne du monde.
Pas prête pour les journées du Vigeant, les premiers essais printaniers auront lieu début mai à Nogaro et son nouveau revêtement. En une dizaine de tours, J-Jacques tournera en 1.51" et des poussières, à quelques centièmes de son record. De bon augure ! Laurent ( le roi de la fraise montée sur perceuse l' an passé au Vigeant) qui remplace cette année Loulou, se mettra lui aussi vite au diapason mais une crevaison lente et une fuite d' un étrier avant le laisseront à quelques secondes de J-Jacques....

Les modifications apportées sur le châssis améliorent sensiblement la précision en entrée de courbe sans nuire à la motricité. J-Jacques a bien oeuvré.
Le Vigeant approche, il nous faut boucler le budget au plus vite. Nous sollicitons la concession Ducati de Bayonne, ESPRIT MOTO (info@espritmoto.com) . Le boss, Gérard une vieille connaissance, adhère à notre projet et nous fournit des pièces de rechange. Il nous propose d'essayer les nouveaux Pirelli Supercorsa, nous optons pour les gommes intermédiaires SC2. L'importateur n'ayant pas ces dimensions en stock, nous nous rabattons sur les Supercorsa de route sachant que la moto n'est pas un monstre de puissance et qu'elle affiche un poids plume sur la balance.
L 'équipe se retrouve au complet vendredi soir sur le circuit du Val de Vienne, nous retrouvons pratiquement les mêmes protagonistes de l'année dernière: Caroline et Agnès chronométreuses-panneauteuses-cantinières, Doudou mécanicien, Cyprien ravitailleur-photographe et votre serviteur à l'extincteur. Fabrice, ancien mécano de GP et SBK il y a une douzaine d'années nous fera profiter de son approche de la compétition. J-Jacques et Laurent ont roulé l'après-midi en essais libres. Cela permet a Laurent de se familiariser avec la moto, lui qui d'habitude tourne sur un 900ie piste. Côté mécanique, R.A.S . On peut juste noter un changement de robinet d'essence . On va pouvoir passer une nuit tranquille !

Vu mes grandes facultés mécaniques, je suis désigné team-manager. C'est l'occasion d'affiner la stratégie de course. Fabrice estime notre autonomie à environ 1h40 de roulage. Soit nous profitons au maximum des 24 l d'essence du réservoir avec seulement 2 arrêts et 3 relais mais dans ce cas-là un pilote roulera deux fois plus que l'autre avec la fatigue que cela engendre, soit nous faisons 4 relais d'une heure, avec un ajout de carburant à chaque changement de pilote. Nous retenons cette deuxième solution.
Samedi matin, Cyprien et moi nous levons les premiers car nous officions pour la première fois en temps que commissaire de piste stagiaire. L'expérience est intéressante, mais la journée doit paraître longue au même poste. Nous voyons passer nos pilotes lors des séances qualif, la moto semble bien se comporter. Les manches Afamac donnent lieu à de beaux bastons et les premiers enquillent sacrement fort !

Le départ approche, nous sommes qualifiés en 10ème place ( J-Jacques en 2.04''513 ) sur 56 partants, et deuxième 750 sur une vingtaine inscrits dans cette catégorie; en fait ce n'est pas significatif car nombre d'équipages ont roulé en dessous de leur possibilité pour respecter les consignes de la direction de course de ne pas descendre en dessous de 2.04'' . Nous sommes les premiers au-delà de cette barre virtuelle !
En parcourant les motos rangées en épis, on peut remarquer que les injections toutes cylindrées confondues représentent un peu plus du tiers du plateau. Dans l'ensemble, les motos paraissent soigneusement préparées, il y a notamment quelques superbes réalisations montées dans des cadres de superbike. Notre vieille 750 TTF1, positionnée en début de grille parait vraiment anachronique au milieu de toutes ces machines rutilantes, au même titre qu'un 650 Pantah. Malgré tout, nous restons confiants, les pilotes roulent bien, dans des temps homogènes et la machine est très saine en châssis et très incisive au freinage; nous avons cerné nos principaux adversaires et notre ambition affichée dans notre catégorie est de biser miss podium, pourvu quelle se soit rasé les jambes cette fois-ci ...

Nous regrettons seulement que notre meilleur ennemi, un autre équipage landais, sur une 750 TT2 , ne participe pas à la course. Le départ sera donné avec un quart d'heure de retard. Après quelques singeries sur la ligne de départ afin d'évacuer le stress, Laurent s'élance mais a du mal a trouver le bouton de démarreur astucieusement placé par J-Jacques derrière la colonne de direction. Il s'extirpe de son emplacement en manquant de se faire percuter par un concurrent parti derrière lui. Au premier passage Laurent pointe en milieu de paquet. Nous avons perdu le bénéfice de notre position sur la grille de départ. L'oeil avisé du team manager note l'excellent départ de la 750 S n°24 piloté par la famille Cantel qui pointe dans le paquet de tête.

Sur les premiers tours, l'écart s'accroît entre les 2 motos car Laurent est gêné par le groupe dans lequel il est englué. Mais il arrive a s'en défaire pour rapidement prendre un rapide rythme de croisière en 2.04''/2.05''. Au bout de trois quart d'heure, sortie du pace-car. En cinquième position du petit groupe qui navigue à un demi-tour du pace-car, Laurent fulmine en raison de la cadence excessivement lente adoptée par le premier mais ne prend surtout pas le risque de doubler sous les drapeaux jaunes. Dès que les fauves sont libérés il se jette a nouveau dans la bataille et nous fait claquer dans les tours suivants un superbe 2.03''272. J-Jacques prend le relais au bout d'une heure en 8ème position, à une cinquantaine de secondes de la n° 24. La 750 SS n°33 nous talonne à une vingtaine de secondes. Après quelques tours en 2.07''/2.08'' il augmente sensiblement la cadence pour tourner régulièrement en 2.04''/2.05'' conformément à notre tableau de marche. Parfaitement à l'écoute de sa machine, il nous fait signe que tout fonctionne à merveille, les gommards de route remplissent parfaitement leur tâche. A noter qu'il se fera enrhumer dans ce relais par le pilote de chasse de la 600 SS n°6 , ultra rapide et très propre dans les premières courbes du circuit, qui bouclera un tour en 1.58"89 ! Il faut dire que le bougre se bagarrait en tête ce matin en Afamac Vintage; mais on peut louer l'état d'esprit de cette équipe qui, en plus de notre nouveau web master pas manche lui non plus, roulait avec un gentlemen-rider histoire de faire souffler un peu cette pauvre 600 SS !

J-Jacques passe le guidon à l'entame de la troisième heure de course en 9ème position, mais surtout à moins de 30 s de la n° 24 ! Derrière, le trou est fait puisque le 3ème de la catégorie 750 pointe à un tour. Le deuxième relais de Laurent sera à l'identique du premier, rapide et sans temps mort. Très saignant au freinage et en entrée de virage, il se surprend même a tenir des 900ie à l'accélération dans les bouts droits, il s'agit en fait des 750ie, ce qui parait plus logique. L'organisation ayant annoncé qu'elle ne pouvait prolonger l'épreuve jusqu'à 18h45 (à cause de l'autorisation préfectorale) afin de récupérer le quart d'heure manquant, nous décidons d'enlever quelques litres d'essence lors de notre dernier ravitaillement.

Lorsque J-Jacques quitte le stand, nous sommes 10 ème au scratch mais à un peu plus d'une minute de la n°24. Sachant qu'ils ravitaillent après nous, il va faire le forcing sur son dernier relais avec des chronos réguliers en 2.05"/2.06". Petite frayeur lorsque vers 18h15 le speaker annonce que la course se terminera à 18h45 ( par quel miracle ?) afin de boucler 4 h pleines. Après un rapide calcul, Fabrice nous assure que nous devrions terminer avec juste 2 litres de carburant. Pas la peine de panneauter l'information à J-Jacques pour ne pas le déstabiliser, mais nous croisons les doigts pour que cela aille au bout, sous risque de réveiller l'ours grincheux qui sommeille en lui ! A une vingtaine de minutes de l'arrivée, il passe devant nous en s'étirant pour chasser des débuts de crampe aux cuisses ( il faut dire qu'il n'en est qu'à sa deuxième sortie circuit de l'année, le futur quadra !) mais nous fait toujours des intérieurs d'enfer en bout de ligne droite des stands. Il se permet même à 2 tours de la fin de croquer le 900ie qui nous précède pour offrir à l'équipe une magnifique 7ème place au classement général et échouer a à peine 16 s de la n° 24.

Je ne sais pas s' ils s'en sont rendus compte, mais toute notre course a été axée sur les leaders de notre catégorie; J-Jacques et Laurent ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour arriver a leur grignoter 30 s sur 4 h de course ! Bravo donc à la n°24 pour sa régularité. Les pilotes sont rayonnants sur le podium, J-Jaques entend savourer ce moment, lui qui a connu tant de galères mécaniques, quelle belle récompense ! Ils sont félicités par une charmante demoiselle, à la pilosité impeccable, elle....

Une fois récupérée la moto en parc fermé, il nous prend l'idée de la passer au banc Fuch histoire de voir ce qu'elle a dans le ventre. Il y a du monde autour, faut dire qu'avec son look Bataille des Twins des années 80, elle attire la curiosité et la sympathie. Le verdict tombe : 64 cv en bout de vilo a 7.000. Ce qui ne fait que renforcer le sentiment d'avoir réalisé une superbe course, à un seul tour du vainqueur parmi toutes ses 900ie qui doivent développer au bas mot 20 cv de plus. Autre sujet de satisfaction, l'excellente tenue des Supercorsa de route durant les 4h de l'épreuve. J-Jacques est un peu dépité, et promet de trouver quelques canassons supplémentaires, car la ligne droite de Nogaro risque d'être longue ........

J-luc